La réforme du BP de préparateur en pharmacie fait beaucoup parler d’elle depuis quelque temps. Les ministères, les universités, les représentants syndicaux et les directeurs de CFA travaillent d’arrache-pied sur ce dossier depuis maintenant plus de deux ans. C’est un dossier trés complexe ou les intérêts et les positions des uns et des autres sont parfois divergents. A ce jour, rien n’est encore tranché définitivement. La décision définitive nécessitera sans doute un arbitrage ministériel qui devrait intervenir, nous l’espérons avant les élections présidentielles, mais nous ne savons même pas encore quel ministère arbitrera. Nous travaillons depuis deux ans avec le ministère de l’enseignement supérieur mais depuis peu, le ministère de la santé veut s’emparer du dossier. Les deux ministères semblent avoir des visions différentes. Vous l’aurez donc compris cette réforme est une usine à gaz et nous marchons sur des sables mouvants.
Le mot « universitarisation » a parfois été mal interprété. Quelle que soit le choix retenu, l’universitarisation n’entrainera pas de fermeture de CFA et la formation se déroulera toujours en alternance. « Universitarisation » signifie qu’un certain nombre d’heures d’enseignements universitaires seront intégrés dans le cursus. Ces heures de cours seront données la plupart du temps au sein des CFA (en présentiel ou en visioconférences) et les études seront sanctionnées par un diplôme universitaire (examen national). Notre profession conservera bien entendu un droit de regard sur la formation.
Les objectifs de la réforme sont d’améliorer le niveau de recrutement, dépoussiérer le référentiel, compléter la formation, et surtout d’augmenter les effectifs d’apprentis grâce à une meilleur visibilité sur « Parcoursup » et une meilleure attractivité du métier associée à de nouvelles possibilités d’évolutions de carrière.
A l’avenir, le BP disparaitra au profit des diplômes universitaires et les préparateurs seront renommés « techniciens en officine ». Le principe d’une formation en trois ans semble maintenant acté mais à l’intérieur de ces trois années deux projets s’opposent encore.
Le premier projet, que nous soutenons avec la FSPF, consiste à mettre en place un cursus avec deux niveaux de formations :
- L1 + L2 remplace le BP et conduit à l’obtention d’un DEUST qui donne le droit d’exercer la profession de technicien en pharmacie (Ce DEUST déjà créé a été mis en place dans plusieurs régions de France à la rentrée 2021). Les années L1 et L2 ont pour vocation d’être un tronc commun avant une spécialisation facultative en L3.
- L3 (facultative) serait une année plus spécifique avec trois spécialisations possibles, officine, hôpital ou industrie. Les CFA ne s’occuperaient que de l’option officine. Cette année de L3 permettrait aux étudiants de la filière officine d’acquérir de nouvelles compétences (vaccinations, participation aux nouvelles missions, matériel médical etc.). Cette licence n’existe pas encore. Le syndicat travaille actuellement sur le référentiel et mène une réflexion pour recenser toutes les valeurs ajoutées que les futurs techniciens en officine pourraient apporter aux pharmacies.
Ce projet aurait l’avantage d’être adaptable à la capacité d’apprentissage de chaque apprenant et aux besoins spécifiques de tous les types d’officine.
Le deuxième projet, qui a le soutien du ministère de la santé, de certains syndicats de salariés (en particulier des hospitaliers) et d’employeurs consisterait à créer une licence (L1 + L2 + L3) pour tous les apprenants, sans passer par un DEUST. Le droit d’exercer la profession interviendrait uniquement en L3 après l’obtention de la licence.
Quel que soit l’option retenue par le ministère, le CFA de la pharmacie de Marseille- Aix- Alpes Provence ouvrira à la rentrée 2022 une nouvelle filière de DEUST et nous espérons être intégrés très rapidement à « parcoursup ».
Les apprentis qui rentreront dans cette filière passeront dans deux ans le DEUST. Ce DEUST leur permettra d’obtenir une équivalence pour le BP (double diplôme) avec le droit d’exercer. Ensuite, Ils pourront poursuivre en licence s’ils le souhaitent.
Le BP, à la rentrée 2022, existera encore sans changement mais les apprentis qui passeront par cette filière ne pourront pas poursuivre en licence.
En 2022 les demandes d’emploi devraient être plus nombreuses et vous aurez donc le choix de recruter soit des futurs BP soit des futurs DEUST en fonction de vos intérêts et de vos besoins.
Et n’oubliez pas que si vous signez vos contrats d’apprentissage avant le 30 juin, vous pourrez encore percevoir les aides à l’apprentissage versés aux employeurs.
Philippe BESSON
Président de l’ Institut de Formation des Métiers de la Pharmacie
Vice-Président du Syndicat Général des Pharmaciens des Bouches du Rhône