Ça y est le représentant SANOFI qui me poursuivait au téléphone depuis un mois a fini par m’a(voir).
Déjà ces derniers jours, l’augmentation du PGHT du Polykaraya (de 5.24€ à 11.67€) était énorme et me restait en travers de la gorge… Ne voilà pas, qu’il me faut avaler les « nouveaux » Doliprane !
Quand un confrère recevait un blâme pour avoir mis en libre-accès le Doliprane « vignetté » (appellation vintage d’un temps révolu…), nous voilà soumis à la pression de notre premier labo tricolore pour placer dans notre cher rayon « près de la porte » les nouveaux Doliprane.
Encore un pur produit marketing destiné aux médias cathodiques avec pour cible la douleur lancinante de la bonne ménagère de moins de 50 ans. J’attends avec impatience l’appel de la régie publicitaire pour me proposer le kit vitrine, les kakemonos et autres artifices des grands manitous de la consommation de masse.
Le code de déontologie m’indique à l’Art. R4235-64 que « Le pharmacien ne doit pas, par quelque procédé ou moyen que ce soit, inciter ses patients à une consommation abusive de médicaments.” J’en reste sans voix mais j’étais déjà pris à la gorge… Vous me direz, ce n’est pas le pharmacien qui fait la pub (quoique) et nous restons les gardiens des poisons en refusant l’acte d’achat. Au point où nous en sommes, je trouve fallacieux de parler de « refus de vente »…
Admettons, nous référençons ces fameux Doliprane « New Age » (encore du vintage mais au goût du jour). Le prix de vente conseillé est identique au produit vignetté : pas de soucis pour la ménagère et son porte-monnaie. Par contre le modèle économique proposé au pharmacien est digne de Machiavel : un produit à TVA 10% remisé à 17%, un PAHT supérieur au produit vignetté (et c’est le même cacheton !) qui vendu au même prix produira une rémunération inférieure… mais notre cher labo compense le manque à gagner par un avoir de 0.35€ au trimestre suivant. Suivra qui pourra, mais pour ma part je sens l’amour profond m’envahir au moment où ma trésorerie connait le niveau écarlate.
Quel intérêt pour la Santé Publique de banaliser la vente de paracetamol en le rendant plus accessible ? Favoriser l’automédication sur une molécule dangereuse ?
Quel intérêt pour le pharmacien de multiplier les références de « me too » ?
Aucun intérêt hormis celui de favoriser un laboratoire plutôt qu’un autre et de subir les contraintes d’augmenter les volumes de ventes pour compenser le manque à gagner. C’est pour ma part, le mauvais jeu du labo…
J’imagine à l’avenir mes rayons se remplir de paracetamol aux multiples présentations exotiques, colorées et appétissantes ! Je m’étouffe à nouveau…
Le gérant d’une confiserie pour petits vieux