Ce mercredi, la FSPF était reçue à sa demande par la Direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l’Economie.
Notre objectif était de relayer les craintes de la profession sur le risque de dérégulation qui s’accompagnerait d’une remise en cause des piliers de l’officine que sont le monopole officinal, la détention du capital et le maillage territorial.
Sensible à nos inquiétudes, la DGE a rappelé son attachement aux principes régissant la détention du capital des officines, refusant toute ouverture de ce dernier à des opérateurs non-pharmaciens et appelant à des travaux sur les risques de financiarisation du secteur.
Alertée sur la menace de déstabilisation globale du réseau, la DGE s’est déclarée attentive au maintien d’un ancrage territorial fort de l’officine et consciente du tissu économique que constituait ce secteur d’activité.
S’agissant enfin de la vente en ligne de médicaments, elle a rappelé sa volonté de préserver les équilibres économiques de la filière. Elle promet ainsi d’être à l’écoute de la profession pour toute évolution éventuelle des dispositions en la matière.
La Fédération se réjouit de la convergence des positions qu’elle défend et des déclarations de la DGE, qui a démontré une compréhension claire des enjeux actuels de l’officine et une volonté réelle de garantir les principes fondamentaux qui la régissent. La FSPF restera bien sûr attentive mais estime que la menace d’une libéralisation profonde du secteur est, à l’heure actuelle, levée.
En dépit des conclusives positives de cet échange, les difficultés de l’officine persistent. Les perspectives économiques restent sombres. L’érosion du maillage et les fermetures de pharmacie se poursuivent.
La FSPF se mobilise donc pleinement dans les négociations économiques avec l’Assurance maladie et concentre toutes ses forces dans la satisfaction de nos revendications pour assurer le maintien de la pharmacie de proximité.
La priorité, ce sont les propositions que l’Assurance maladie mettra sur la table le 14 mai prochain. La FSPF se positionnera dès le 15 mai et réunira le même jour les représentants de la profession – USPO, collectifs de groupements, ANEPF – afin d’arrêter en coordination les actions de mobilisation qui s’avèreraient nécessaires, à défaut de propositions acceptables par l’Assurance maladie.
Après quatre mois de négociations conventionnelles, l’Assurance maladie n’est pas encore entrée dans le vif du sujet, à savoir les demandes de revalorisation de la profession.
Agacement et lassitude. Ce sont les sentiments qui prédominent après quatre mois de travail sur le très attendu avenant économique à la convention pharmaceutique. Ce 26 avril, deux heures de réunion entre les équipes de la Cnam et les syndicats ont permis à la FSPF de détailler ses demandes relatives aux deux sujets à l’ordre du jour. Ainsi, concernant les gardes, il s’agit de « revaloriser l’honoraire d’astreinte » et de créer une majoration d’honoraires pour la nuit profonde « qui soit de même nature que celle des médecins à 51,50 euros et non à 8 euros », souligne Philippe Besset. Quant aux biosimilaires, le président de la FSPF a insisté non seulement sur le souhait d’une substitution large et la possibilité de bénéficier de remises pour inciter à cette substitution, mais surtout sur la nécessité d’avoir la même marge que lors de la dispensation du médicament d’origine, « sinon le pharmacien qui substitue perd de l’argent ».
Menace de grève
De son côté, l’Assurance maladie a fait un tour d’horizon des sujets figurant à la convention mais n’a évoqué qu’en toute fin de réunion « la prospective de la rémunération pour 2024-2025 ». Alors que les syndicats ont clairement exprimé leur demande de revalorisation des honoraires depuis septembre 2023, Philippe Besset juge « lassant de ne pas entrer dans le vif du sujet » alors qu’il voit arriver « avec de plus en plus d’agacement » le 14 mai, date limite tardive « pour une réunion qui devrait être conclusive », rappelle-t-il. C’est pourquoi il le répète, si l’Assurance maladie ne met rien sur la table d’ici là, « nous en tirerons toutes les conséquences le 15 mai ». Ce que le syndicat n’a jamais voulu présenter comme un ultimatum pourrait prendre la forme d’une menace de grève dure.
Le préavis de grève pour le 30 mai 2024 est largement médiatisé dans les journaux papiers ou télévisuels régionaux et nationaux. pour la région PACA, nous vous présentons quelques exemples.
FR3 REGION PACA
LA PROVENCE
« En cas d’urgence, il faudra se rendre à l’hôpital » : les pharmaciens seront en grève le 30 mai
Toutes les pharmacies de France sont appelées à tirer le rideau ce jour-là. Un mouvement lancé localement par les syndicats de la profession qui devrait être massivement suivi dans tout le pays.
C’est une première et elle risque de marquer les esprits. Le jeudi 30 mai prochain, toutes les pharmacies de France sont appelées à tirer le rideau. Et si l’on en croit leurs deux syndicats représentatifs, l’USPO et la FSPF, plus de 90 % des officines se disent prêtes à suivre ce mot d’ordre. « Il n’y aura pas de tableau de garde, comme c’est le cas la nuit et le week-end. En cas d’urgence, il faudra se rendre à l’hôpital« , précise Stéphane Pichon, président de l’Ordre des pharmaciens des Bouches-du-Rhône, qui soutient cette action, tout comme les représentants de la profession au sein de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) Paca. Partie de notre région, l’idée de ce mouvement de grève a été relayée dans tous les départements.
« La coupe est pleine »
C’est dire si ce « cri de colère » est partagé dans cette corporation pourtant résiliente, qui a su se mobiliser pendant la crise sanitaire et assumer les nouvelles tâches, comme la vaccination, que lui ont confiées les autorités. « Mais aujourd’hui, la coupe est pleine et c’est la santé des Français qui est en danger« , tonne Valérie Ollier, présidente de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) 13, qui souligne qu’en janvier dernier, « 36 pharmacies ont dû fermer dans le département, les plus fragiles et souvent les plus utiles sur un territoire médicalement désertifié« .
Face à l’inflation, aux « hausses vertigineuses » de leurs charges, aux augmentations de salaires de 9 % de leurs salariés « à la demande du gouvernement« , les pharmaciens verraient leurs revenus bloqués depuis 2020. « Nous ne sommes pas des grandes surfaces, nous n’avons pas la liberté sur nos prix, donc nos marges s’effondrent.«
Plus encore peut-être que les problèmes économiques, c’est la gestion des pénuries de médicaments qui donne le blues aux pharmaciens. « Aujourd’hui, une ordonnance sur trois au minimum ne peut être honorée, il faut trouver des produits de remplacement« , dénonce Patrick Raimond de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) 13. Les ruptures de stocks, qui concernaient 400 molécules il y a dix ans, portent désormais sur presque 5 000, génériques mais aussi médicaments innovants, « et ça s’accélère d’année en année« , soupire Stéphane Pichon, qui, dès 2019, évoquait « un enjeu de souveraineté nationale« .
Des prix trop bas en France
Pour le président départemental de l’Ordre, « le médicament c’est aussi important que les armes« . Rendue explosive pendant la pandémie Covid (masques et produits anesthésiques ont manqué en Europe), la dépendance à la Chine et à l’Inde, qui produisent 80 % des produits actifs, demeure. « Et on apprend aujourd’hui que le laboratoire français Biogaran, qui ne produit que pour la France, pourrait être racheté par des Indiens!« , s’étrangle-t-il.
Autre facteur de pénurie : le prix des médicaments, trop bas en France, conduirait les laboratoires à fournir prioritairement d’autres pays, prêts à payer de 15 à 32 % plus cher, selon une étude des industriels de la branche (LEEM). « Le nouveau vaccin antigrippe Efluelda, produit par le français Sanofi pour mieux protéger les plus fragiles, a été jugé trop cher par la France. Du coup, il ne sera pas sur le marché hexagonal. On tire un trait sur la santé des plus fragiles !« , dénonce Patrick Raimond de l’USPO13.
En première ligne face aux patients, les pharmaciens passeraient aujourd’hui plus d’une heure par jour à tenter de trouver des solutions de remplacement aux médicaments manquants. Appel aux grossistes, aux confrères, aux médecins, recours à des façonniers qui produisent des antibiotiques pédiatriques à la demande… « Quand on n’y parvient pas c’est très culpabilisant« , témoigne une pharmacienne mère de deux jeunes enfants. Le 30 mai prochain, la question ne se posera pas : les médicaments, il faudra faire sans.
DESTIMED
Marseille. Les pharmaciens menacent de fermer leurs officines le 30 mai
Pénurie de médicaments, pénurie de personnel, plus faible rentabilité des officines, les pharmaciens en ont ras-le-bol et entendent le faire savoir. Ils appellent à baisser le rideau le jeudi 30 mai s’ils ne sont pas entendus par le gouvernement.
Initié à Marseille
Le mouvement de colère est né à Marseille. Depuis il fait tache d’huile de département en département. Les deux principaux syndicats FSPF et USPO mobilisent les troupes et appellent à fermer les pharmacies fin mai si le gouvernement reste sourd à leurs revendications. En cause une situation économique des pharmacies qui se dégrade.
« On nous demande plus avec moins »
Valérie Ollier la présidente de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) 13 ne décolère pas. A la tête de la pharmacie du Grand pavois à Marseille (8e), elle est l’initiatrice du mouvement. « Nous ne voulons plus travailler en ayant toujours moins de moyens. On n’y arrive pas. On ne peut plus embaucher et payer du personnel pour faire tout ce que l’on nous demande ». Seconde irritation, la volonté de certains députés de financiariser et de faire entrer des fonds de pension dans les pharmacies. « C’est une très mauvaise idée car on laissera sur le côté les pharmacies les moins rentables souvent dans des déserts médicaux ».
Un cocktail de pénuries
S’ajoute à cela les pénuries en tout genre. En personnel, toutes fonctions confondues, il manque des milliers de salariés. Et surtout de médicaments. « Chaque jour, on passe une à deux heures pour essayer de trouver de l’amoxicilline sous forme pédiatrique, de l’insuline et bien d’autres. Quand des gens arrivent et qu’on leur dit on n’en a pas c’est un gros stress pour eux et il faut gérer ce stress ». La colère monte d’un cran quand ils découvrent que ces problèmes sont nettement moindres chez nos voisins. « Ils achètent ces médicaments 20 à 30% plus chers alors les laboratoires font rapidement les calculs et vendent leurs produits en Allemagne ou en Italie. Biogaran, une entreprise française est à vendre car les médicaments génériques n’étaient plus rentables pour eux ».
Les revendications
Les pharmaciens réclament essentiellement une revalorisation de leurs honoraires. Ils n’ont pas évolué depuis 2020 alors que le pourcentage sur les médicaments a tendance à régresser. Face à toutes les contraintes, à l’inflation et aux revalorisations salariales pour garder le personnel c’est pour eux la seule solution pour maintenir un nombre décent de pharmacies. « Celles qui sont dans des lieux favorables vont s’en sortir mais celles des déserts médicaux vont fermer. Sur les 2 000 fermetures en cinq ans, la très grande majorité est liée à l’absence de repreneurs faute de rentabilité ». En janvier dernier 36 officines ont fermé.
Bras de fer
Actuellement le bras de fer se poursuit avec le gouvernement qui fait la sourde oreille aux revendications des pharmaciens. Plusieurs réunions se tiendront à nouveau à la fin du mois et mi-mai. Les pharmaciens n’entendent en tout cas pas céder. Le dernier grand mouvement remonte à 2014. A l’époque le ministre de l’Économie était un certain Emmanuel Macron. Leurs requêtes avaient été exaucées.