Inconnu en France, cet apothicaire parisien est célèbre au Québec. Une exposition lui est consacré à l’ Université Laval en partenariat avec la Société québécoise d’histoire de la pharmacie

Louis Hébert, troisième enfant de Nicolas Hébert (vers 1540-1600) et de Jacqueline Pajot (-1580), est né vers 1575 dans la rue Saint-Honoré à Paris et il est baptisé à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.

Devenu adulte, Louis Hébert exerce au « Mortier d’or » sur l’Île de la Cité près du Louvre la profession d’apothicaire-épicier, comme jadis son défunt père Nicolas Hébert, lorsque marié le 19 février 1601 à Paris et père d’un premier enfant (Anne, née en 1603), le désir lui prit, à l’âge de presque 30 ans, de connaître le Nouveau Monde, où l’avenir pourrait s’avérer plus doux et plus prometteur qu’à Paris ou ailleurs en France, pour une jeune famille et dans la profession.

Monument à Louis Hébert dans le parc Montmorency dans le Vieux Québec.

L’appel du Nouveau Monde

Louis Hébert fut membre de « l’expédition sans femme ni enfant » de Pierre Dugua de Mons, partant en 1606 joindre l’expédition commencée en 1604 pour un premier séjour en Acadie, avec Jean de Poutrincourt, son cousin par alliance, de petite noblesse et partenaire ami de ce Dugua. Il y naviguera, explorera et jardinera amicalement avec Samuel de Champlain (de 5 ans son aîné et navigateur, explorateur, cartographe), échangera avec les Amérindiens des connaissances sur les plantes médicinales, soignera quelques personnes et participera à « l’Ordre de Bon Temps ».

En 1607, la perte du monopole de Dugua de Mons (1) les força tous à rentrer en France.

Louis Hébert repartit pour l’Acadie en 1610 avec ce Jean de Poutrincourt, alors successeur de Dugua, et y séjourna jusqu’en 1613. La colonie, cette année-là, fut attaquée par les Anglais.

Fait prisonnier comme les autres, Louis fut ramené en France.

Mais en 1616, convaincu par Samuel de Champlain de s’établir à Québec il vend tous ses biens et se rend à Honfleur avec sa femme, quadragénaire comme lui, et leurs 3 enfants survivants, alors âgés de 14, 9 et 3 ans, où ils se préparent à s’embarquer. Il part avec sa famille le 11 mars 1617.

La vie de ces pionniers à Québec

Travaillant pour la compagnie des marchands de fourrures, prodiguant, en dehors de cette tâche, des soins et de l’aide aux plus démunis, Louis Hébert entreprit également de défricher la terre, sans bœuf ni charrue mais avec l’aide de son beau-frère Claude Rollet, et d’y subsister de ses propres ressources.

En 1617, il célébra le premier mariage à survenir à Québec: celui de sa fille Anne. Cette dernière épousa alors Étienne Jonquet.

Louis Hébert, apothicaire à Port-Royal, en Acadie, peint par C. W. Jefferys, collection du Lieu historique national du Canada de Port-Royal.

En 1620, Champlain le nomma procureur du roi dans la cité de Québec et en 1625, il devenait le premier propriétaire de ses terres agricoles, appelées le fief de Sault-au-Matelot. Avant 1634, seules les familles de Louis Hébert et de son gendre Guillaume Couillard avaient bâti maison à Québec. Tous les autres qui y séjournaient habitaient dans l’un ou l’autre fort, nommés « l’Habitation » (sur l’actuelle place Royale, près du fleuve) ou, depuis environ 1624, le « fort Saint-Louis » (sur la falaise, au sud de l’actuel hôtel « Château Frontenac ») ou dans les habitations des Récollets ou des Jésuites.

Décédé des suites d’une mauvaise chute sur la glace pendant l’hiver 1626-1627, Louis Hébert fut inhumé à Québec le 25 janvier 1627.

Louis Hébert, premier véritable colon, défricheur, cultivateur, et premier pharmacien et brasseur en Nouvelle-France, est aujourd’hui une figure emblématique des premières heures de cette histoire, laissant le souvenir d’un homme courageux, d’une grande générosité, aimé de tous, Français comme Amérindiens. Il fut le premier à cultiver la terre en Nouvelle-France. Son travail de la terre est d’autant plus méritoire que la Compagnie des marchands n’a jamais voulu lui apporter ni un bœuf ni une charrue. C’est son gendre, Guillaume Couillard, ancien commis au magasin de la Compagnie des marchands, qui reçut la première charrue et le premier bœuf : c’était à l’été 1627.

 

 

exposition 1617-2017: L’héritage de Louis Hébert. 400 ans de pharmacie au Québec

 

 

 

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(1) Monopole de Dugua de Mons: En 1603, Henri IV nomme Pierre Dugua son « lieutenant général en Amérique septentrionale », et lui accorde le monopole de la traite des fourrures, pour compenser les frais d’établissement d’une colonie à cet endroit.

En 1604, Dugua organise une expédition qu’il conduit en personne au sud-est du Canada, où il est accompagné de Samuel Champlain, qui y participe en tant qu’explorateur, géographe et cartographe, et de Jean de Poutrincourt.

Aucune femme, ni enfant, ne fera partie de cette expédition devant durer plusieurs années. Il faut choisir l’endroit puis en éprouver les conditions d’accueil : qualité du sol, du climat, des relations avec les autochtones… En 1604, Dugua installe cette première colonie en Acadie, sur l’île Sainte-Croix, dans le fond de la Baie française. Mais l’hiver terrible enduré par ces premiers colons le conduit, au mois d’août 1605, à transférer la colonie sur un site plus approprié, que Champlain et Gravé-Dupont avaient repéré : ce sera Port-Royal, un lieu protégé des vents du nord-ouest et situé sur un lagon à l’est de la Baie française (aujourd’hui dans la vallée dite d’Annapolis Royal, en Nouvelle-Écosse, près de Digby).

Cependant, les plaintes continuelles des autres marchands, privés du commerce des fourrures, amèneront Henri IV à suspendre ce monopole commercial accordé à Dugua.

En 1607, l’aventure se termine et tous doivent retourner en France, malgré la dernière tentative de Dugua de Mons deux ans auparavant pour y faire un rapport et tenter d’empêcher à cette issue. Il ne reviendra plus jamais en Amérique, mais continuera à investir, à fonds perdus, dans le but d’y établir une colonie française.

Les Pharmaciens du Sud

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