Le président de la FSPF plante le décor de l’imminente négociation économique: « Nous arrivons unis à la négociation »

À l’approche de la négociation du volet économique de la convention dont les axes de discussion seront également sous-tendus par les mesures du PLFSS pour 2024, le président de la FSPF énumère ses priorités pour le réseau officinal.

Par Alexandra Chopard et Benoît Thelliez

Photographe Nicolas Kovarik

BIOEXPRESS de Philippe BESSET

  •  Depuis septembre 2023 : président des Libéraux de santé.
  •  Depuis mars 2019 : président
    de la FSPF.
  •  De 2016 à 2019 : président
    de la société Résopharma.
  •  Depuis 2007 : membre du bureau national de la FSPF.
  •  2002 : président 
    du syndicat des pharmaciens 
    de l’Aude.
  •  Depuis 1994 : titulaire d’une officine
    à Limoux (Aude).
  •  1993 : diplômé d’État 
    de la faculté de Toulouse.
  •  1987 : vice-président 
    de l’Association nationale des
    étudiants en pharmacie 
    de France (Anepf).

Dans quel contexte s’inscrit la négociation économique avec l’Assurance maladie qui est sur le point de commencer ?
En mars 2022, nous avons signé une convention quinquennale à l’issue d’une négociation poussée. Il s’agit d’un contrat entre les pharmaciens d’officine et l’Assurance maladie ratifié par les deux organisations représentatives de la profession. Nous avons obtenu une convention moderne, très ambitieuse sur le plan de la prévention notamment, et couvrant de nombreuses thématiques que nous avions présentées lors du Tour de France de la FSPF à l’automne dernier. Mais la signature ayant eu lieu juste avant l’élection présidentielle, il n’était alors pas possible de fixer les éléments budgétaires correspondants. Cela aurait engagé les finances d’un quinquennat à venir et nous étions à la fin de l’épidémie de Covid-19 qui avait bouleversé les paramètres de la pharmacie. Si, à l’époque, nous avons collégialement préféré reporter la négociation du volet économique, le moment est à présent venu de nous y atteler. Nous allons travailler sur la base des chiffres du 1er semestre 2023 avec comme année de référence 2019, soit la dernière année avant la pandémie. Bien entendu, l’avenant qui résultera de cette négociation devra tenir compte des innovations qui figurent dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2024 actuellement en discussion. C’est pour cela que le calendrier des réunions va s’étaler de novembre à janvier prochain, afin de permettre une prise en compte des nouveautés qui figureront dans la loi et qui ne sont évidemment pas encore fixées.

Dans quelles dispositions d’esprit entamez-vous cette négociation ?
Nous arrivons à la table des négociations en plein accord avec l’Uspo. Je suis particulièrement satisfait de la façon dont se passent nos travaux préparatoires. Nous sommes en phase sur l’ensemble des objectifs, ce qui va nous permettre de stabiliser notre feuille de route et notre programme. Bien sûr, il est possible que devant les propositions de l’Assurance maladie, nous ayons quelques divergences, mais nous avons bien l’intention de conserver ce front uni.

Quelle mesure allez-vous avant tout porter ?
Nous voulons d’abord une revalorisation de l’acte de dispensation. Pour être clair, notre profession est à présent rémunérée majoritairement à l’acte, avec des honoraires de type HD, HDR, HDA… Nous demandons leur revalorisation globale pour un montant qui couvre au moins l’inflation.

La pharmacie d’officine est un métier de services qui nécessite des équipes, avec 130 000 personnes qui les composent et qui, à l’instar de tous les Français, sont touchées par ce phénomène. Pour nous permettre collectivement de maintenir des prestations de qualité dans nos officines, nous avons besoin d’une enveloppe tournant autour de 12 à 13 % d’augmentation par rapport au niveau habituel. Il faut bien avoir en tête que nous négocions pour cinq ans ! En tant que chambre patronale, la Fédération est en effet tenue à une négociation annuelle obligatoire (NAO) avec les syndicats de salariés qui entraîne une revalorisation des salaires. Nous devons ainsi anticiper cinq NAO successives. Par conséquent, notre demande budgétaire n’est qu’une juste compensation de l’inflation. Nous ne demandons pas plus sur ce point.

Quels sont les autres sujets au programme ? 
Nous allons passer en revue tous les nouveaux actes. Cela comprendra la concrétisation de certains dispositifs qui sont déjà dans la convention et pour lesquels nous voulons modifier le mode de rémunération, notamment abandonner les Rosp au profit d’un paiement à l’acte, comme la distribution des kits de dépistage du cancer colorectal. Quant aux bilans de médication dont le paiement advient à l’échéance de chacun des trois actes, les versements respectifs sont pour l’heure de 1, 1 et 58 euros. Nous demanderons que ces derniers se fassent selon un découpage 15, 15 et 30 euros, ce qui serait plus cohérent, même si nous sommes d’accord avec le principe d’une « prime » au dernier acte de la série. Nous aborderons aussi les assistances à la téléconsultation ainsi que la dispensation à l’unité que nous aimerions également voir passer en paiement à l’acte.

Qu’en est-il de la vaccination ?
Nous souhaitons une revalorisation de l’acte de vaccination, en plus de sa segmentation. Ce que le grand public appelle la vaccination comprend en fait trois actes. La prescription correspond à la détection du besoin vaccinal et à la sélection du vaccin adapté. Vient ensuite la délivrance du médicament vaccin, puis son injection dans un troisième temps. Actuellement, nous sommes rémunérés pour la délivrance et nous touchons 7,50 euros pour l’administration. Or, il n’est pas absurde d’imaginer que le pharmacien prescrive et délivre le vaccin, puis que celui-ci soit administré à domicile par un infirmier. Dans ce cas, nous n’avons actuellement pas la possibilité de facturer la séquence. De la même façon, l’infirmier devrait pouvoir prescrire le vaccin tétanique après blessure et le patient venir à la pharmacie se le faire délivrer et injecter. La segmentation entre prescription et administration est donc logique et d’ailleurs réclamée au niveau interprofessionnel. C’est pour cela que nous allons demander une valorisation à part de l’acte de prescription par rapport à celui de la délivrance. Selon moi, la première devrait se situer autour de 10 euros, en tout cas être supérieure aux 7,50 euros liés à l’administration du vaccin.

Quelles seront les autres thématiques abordées ?
Nous allons passer en revue toutes les nouveautés, c’est-à-dire celles qui figureront dans la LFSS, notamment les prises en charge pour cystite et angine. Nous savons d’ores et déjà que nous ne serons pas d’accord avec les propositions initiales de l’Assurance maladie, qui envisage une rémunération de 6 euros, fort éloignée des 25 euros que nous avons en tête. Il sera également question du nouvel entretien court sur les opioïdes ainsi que des entretiens de prévention aux différents âges de la vie.

Sur quels autres sujets prévoyez-vous de nettes divergences avec l’Assurance maladie ?
Certaines choses ne vont pas nous plaire ! La première consiste en la diminution du plafond de 98 euros pour les médicaments chers, ce que nous avons jusque-là réussi à éviter. Deuxième point d’achoppement : la dispensation à l’unité. Ce n’est pas une bonne idée en soi, mais si jamais cela devient réalité, il nous faudra négocier sa rémunération. Enfin, le plafonnement des remises des génériques un temps évoqué n’est certes plus d’actualité, mais nous resterons vigilants. 

Où en est le projet dit « Territoires fragiles » ?
Il faut changer la loi : notre problématique est de soutenir les officines en voie de fragilisation, pas d’attendre que leur situation soit désespérée pour intervenir. Il est donc indispensable que les situations soient évaluées localement, selon les bons critères, sachant que l’isolement n’est pas le seul à prendre en compte.

Une officine qui serait identifiée comme en voie de fragilisation pourrait ainsi bénéficier d’un honoraire d’astreinte à la journée, comme cela existe pour les hôpitaux de proximité lorsqu’il n’y a pas assez d’actes pour maintenir un service mais que leur ouverture demeure nécessaire d’un point de vue territorial. Il faut dès lors créer un nouvel honoraire « de sauvegarde ». En contrepartie, les officinaux prendront des engagements en termes de qualité de service.

Que pensez-vous de la situation, actuellement compliquée, des études de pharmacie ?
Nous sommes entièrement mobilisés pour renforcer la visibilité de notre filière sur Parcoursup. Plus en amont, nous lançons également des opérations avec l’Anepf pour faire connaître notre métier : les plus jeunes ne l’identifient plus et ne savent pas ce que nous faisons. Selon moi, la réforme Pass etvLAS correspond bien à un enfer pavé de bonnes intentions. Certains doyens pensent d’ailleurs que la solution serait de ne plus prendre que des étudiants en LAS pour former la filière pharmacie et faire de Pass une formule réservée à médecine. L’idée est intéressante. 

Quid enfin de la réforme des gardes ?
La permanence des soins est un sujet fondamental car elle se révèle être la source d’une immense fatigue pour les pharmaciens. Il faut tenir compte du temps de récupération nécessaire après une garde de nuit, arriver à une forme de régulation de la demande des usagers de moins en moins compliants et, surtout, définir le périmètre de la notion d’urgence. Nous demandons une remise à plat qui sera le fruit d’une concertation au niveau national. 

source LE PHARMACIEN DE FRANCE

Les Pharmaciens du Sud

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