Stagiaires pharmaciens, lisez!

Un règlement de 1576 fixant les obligations des aspirants à la maîtrise d’apothicaire de la ville d’Amiens envers leurs examinateurs, nous livre le détail des « honnestetés de bouche » dont les prétendants devaient s’acquitter tout au long d’un examen qui durait plusieurs jours : l’occasion de voir que l’obtention d’un diplôme aussi important n’empêchait pas les protagonistes de partager collation et autre souper.

Voici le règlement auquel étaient assujettis les aspirants à la maîtrise d’apothicaire de la ville en 1576, traduit du vieux français pour une lecture plus aisée :

« D’autant que toute peine doit avoir salaire et récompense et que ordinairement nul ne peut parvenir à quelques grade d’honneur, de maîtrise, de bachelier, de docteur ou autre semblable autorité, de quelques sciences que ce soit, tant en toutes villes de loi que de universités fameuses, que il ne lui coûte quelque chose, il est de besoin aussi que le suppliant qui veut passer maître apothicaire soit tenu à quelque devoir et récompense pour le salaire des médecins et apothicaires qui emploieront leurs journées à vaquer durant tout le discours de la passation de ladite maîtrise, tant à argumenter contre lui au jour de l’examen que de connaître par interrogations si savait bien l’élection des médicaments pour le pouvoir discerner et séparer les bons des mauvais, qui sont les points de la théorie dudit état, et qui pareillement seront assistants durant la manufacture de son chef-d’œuvre, pour voir diligemment si le dit suppliant a la connaissance de bien réduire les médicaments en leur forme requise et compositions à lui ordonnées, sans que un autre lui puisse aider à faire son chef-d’œuvre au lieu de lui ;

« pour quoi faire, il se trouve plusieurs coutumes selon les divers endroits où il y a droit de maîtrise dudit état, d’autant que les uns payent à l’argent ladite peine et vacations des médecins et apothicaires, les autres font des présents de valeur aux dites vacations, les autres ne font que quelques honnêtetés de bouche ;

« mais pour ce que cet état est différent des états mécaniques, ainsi au contraire qu’il est extrait des formes libérales, sujet à la lecture de plusieurs auteurs latins, ayant plus d’exercice de l’esprit que du corps à l’intelligence et industrie de plusieurs points notables pour la conservation de la santé et guérison des maladies qui surviennent journellement aux hommes, à cette occasion et en tel sujet que de maîtrise, la libéralité y est plus louable que l’avarice d’en recevoir argent ni présents somptueux, et la plus saine coutume est de se contenter de l’honnêteté volontaire dudit suppliant donnant son repas seulement et sans excès après le travail, selon le jour et l’acte de ladite maîtrise, à ceux qui auront fait argument et interrogations et y auront assistés tant aux examens que durant la manufacture du chef-d’œuvre. Pour cette cause et en suivant la coutume ancienne, le règlement sera tel que s’ensuit :

« Au jour de présentation dudit suppliant, pour demander aux médecins et apothicaires jour pour lui faire l’examen, se pourra faire une collation seulement.

« Au jour de l’examen sur la théorie dudit état, à cause qu’il est requis l’assistance de toute une après-dîner, avec labeur d’études pour faire par chacun maître les arguments nécessaires audit état, se pourra donner à souper et sans excès.

« Au jour de la présentation des drogues dispensées pour le chef-d’œuvre, tant pour avoir assisté par tous les médecins et apothicaires à présenter en l’hôtel de la ville devant messieurs mayeur, prévôt et échevins, les dites drogues dispensées, que toute l’après-dîner avoir diligemment visité les dites drogues si elles sont bonnes ou non, et avoir interrogé le suppliant sur tous les points de l’élection d’icelle, se pourra donner à souper sans excès.

Représentation d’un apothicaire sur une stalle de la cathédrale d’Amiens

« A cause que tous les jours que le dit suppliant besognera à son chef-d’œuvre, il y aura quatre maîtres apothicaires expressément députés, chacun à son tour, pour y assister et pour un jour entier, tant au matin que après dîner, et à cause que chacun peut avoir des affaires pour les malades, il est besoin d’en renouveler d’autres, et aussi afin que le suppliant ne perde point de temps ;

« pour récompense se pourra donner aux dits assistants le déjeuner et le goûter. Toutefois les autres maîtres non députes s’y pourront trouver sans récompense. Au jour que le chef-d’œuvre sera tout achevé, et : chacun maître étant assemblés, fera son rapport en la présence des dits médecins de tout ce qui s’est vu tant en l’examen que l’élection des drogues et mixtion d’icelle. Et alors conclut si le suppliant est suffisant pour être reçu maître apothicaire ou médecin, et pour ce que, s’il est trouvé capable, le jour lui est donné pour porter son chef-d’œuvre tout arrangé à l’hôtel de la ville, pour être ainsi reçu par messieurs mayeur, prévôt et échevins, se pourra donner à souper.

« Au jour donné que le dit chef-d’œuvre se porte à l’hôtel de la ville, le plus ancien des médecins faisant une harangue pour la réception du dit suppliant en l’assistance de toute la compagnie, doit un banquet général ou dîner tant aux médecins, apothicaires, leurs femmes et aux femmes veuves dudit état. Et le même jour donnera à souper aux médecins et apothicaires sans leurs femmes, à cause que l’après-dîner il faut qu’il démontre en un jardin ou au champ s’il connaît bien les herbes et plantes à lui nécessaires. »


Au moins au début du XVIIIe siècle, l’examen de réception à la maîtrise d’apothicaire est non seulement long (à Arras, il dure 29 jours) mais aussi très couteux : les examinateurs sont de plus en plus nombreux et l’aspirant apothicaire doit leur fournir honnêtetés de bouche et beuvettes, autrement dit les nourrir et les abreuver, y compris les épouses des apothicaires examinateurs. à Arras, l’autorité royale intervient fermement le 12 mai 1719 ; et le 2 juin suivant, la durée de l’examen est réduite à 10 jours payés 50 sols par jour (et par personne), tout jour supplémentaire n’étant pas payé.

source wikipédia

Le mot QUI PRO QUO

1re édition du dictionnaire de l’Académie Française (1694)

QUI PRO QUO.

■  Termes latins dont on ne fait qu’un mot, & dont on se sert pour marquer la méprise d’un Apothicaire qui donne mal à propos une drogue pour l’autre, ou qui donne la doze plus forte qu’il ne devoit, ou n’avoit intention de la donner. Dieu nous garde d’un quiproquo d’Apothicaire. il est mort d’un quiproquo.

Il s’employe aussi fig. pour marquer d’autres mesprises. Le laquais a fait un qui pro quo, & a donné une lettre pour l’autre.

Tadeusz Pankiewicz (1908 – 1993) et sa « pharmacie sous l’aigle » (pod orlem)

En cette période du 80ème anniversaire de la découverte du camp d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques, le pire de ce que peut faire l' »Humanité », il était évident qu’il fallait consacrer un article (repris du Wikipédia anglais) sur le pharmacien polonais emblématique de Cracovie, Juste parmi les Nations depuis 1983, Tadeusz Pankiewicz, homme de bien. Pour rappel, l’homme du mal qui a dirigé la liquidation du ghetto et qui a participé avec enthousiasme aux meurtres de ses habitants est Amon Goeth, dont le nom sera familier à ceux qui ont lu le livre ou vu le film (« La liste de Schindler » rediffusé dernièrement à la TV) sur les efforts d’Oskar Schindler pour sauver « ses » Juifs et dont l’usine était située à Cracovie ou se trouve « son » musée et le musée d’art contemporain de Cracovie. P.L

La pharmacie sous l’aigle (apteka pod orlem – musée du ghetto de Cracovie) est situé à l’extrémité sud-ouest de la place Bohaterów Getta, sous le numéro 18 (anciennement Maly Rynek, puis Plac Zgody) à Cracovie, en Pologne.

Depuis 1910, son propriétaire était Jozef Pankiewicz et après lui Tadeusz Pankiewicz (21 novembre 1908 – 5 novembre 1993), son fils qui la dirigeait depuis 1933. Avant la Seconde Guerre mondiale, c’était l’une des quatre pharmacies du district de Podgórze. Ses clients étaient à la fois des résidents polonais et juifs du district.

En mars 1941, les Allemands ont établi un ghetto à Podgórze pour les Juifs de Cracovie, la pharmacie de Pankiewicz était la seule à l’intérieur de ses frontières et son propriétaire était le seul Polonais ayant le droit d’y séjourner. Il aurait pu déménager son entreprise et l’établir ailleurs : au lieu de cela, il a soudoyé les autorités allemandes qui l’ont autorisé à rester et il a ensuite sauvé la vie de nombreux Juifs. Il a ainsi pu témoigner dans son livre et relater les souffrances inimaginables infligées à la population juive du ghetto.

Les Allemands ont décrété que tous les panneaux et autres inscriptions publiques en polonais devaient être refaits en hébreu dans tout le ghetto de Cracovie. La seule exception était le panneau polonais au-dessus de l’entrée de la pharmacie de Tadeusz Pankiewicz, « Pod Orłem ».

Les Juifs qui vivaient dans le ghetto ont choisi la pharmacie comme lieu de réunions de conspiration. Parmi eux se trouvaient : l’écrivain Mordechai Gebirtig, le peintre Abraham Neumann, le Dr Julian Aleksandrowicz, le neurologue Dr Bernhard Bornstein, le Dr Leon Steinberg et les pharmaciens : Emanuel Herman, Roman Imerglück. Bientôt, elle est également devenue une source de diverses ressources et médicaments, qui ont aidé à éviter la déportation : teintures capillaires utilisées pour rajeunir l’apparence, luminal (phénobarbital) utilisé pour calmer les enfants lorsqu’ils étaient cachés, introduit en contrebande dans les bagages au-delà du ghetto.

Lors du déplacement sanglant de la place Zgody en 1942, le personnel de la pharmacie distribuait gratuitement des médicaments et des pansements tandis que ses recoins servaient d’abris pour sauver les Juifs de la déportation vers les camps d’extermination. Lors de la liquidation sanglante du ghetto de Cracovie en mars 1943, Pankiewicz a fourni à de nombreux parents des médicaments pour aider leurs enfants à dormir pendant qu’ils se cachaient. Les juifs du ghetto sont été déportés dans le centre d’extermination de Belzec

Rappel: Dans ce centre, on a compté quatre rescapés pour 500.000 morts.

Pankiewicz et ses assistantes Irena Drozdzikowska, Aurelia Danek et Helena Krywaniuk étaient des agents de liaison entre les Juifs du ghetto et au-delà, transmettant des informations et faisant passer de la nourriture en contrebande. Ils étaient également dépositaires des objets de valeur qui leur étaient confiés par les Juifs déportés dans les derniers instants avant de quitter le ghetto.

Après la guerre, dès 1951, l’ancienne pharmacie fut nationalisée par l’État polonais, mais Pankiewicz conserva le droit d’utiliser le bâtiment jusqu’en 1955. La pharmacie fut finalement fermée en 1967, et le bar y resta jusqu’en 1981. Deux ans plus tard, en 1983, une petite exposition historique fut inaugurée dans le bâtiment alors que Pankiewicz était encore en vie, et en 2003, grâce au don du réalisateur Roman Polanski, lui-même ancien prisonnier du ghetto de Cracovie, le musée fut agrandi.

source Wikipedia

A lire: La Pharmacie du ghetto de Cracovie Auteurs: Tadeusz Pankiewicz, Elisabeth Destrée-Van Wilder – Livre imprimé, français, ©1998 – Éditeur: Solin-Actes Sud, Arles, ©1998

Le marégraphe de Marseille

Le marégraphe de Marseille appartient à l’État et il est géré par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). 

Il est à la fois un monument historique et un observatoire moderne du niveau de la mer ; c’est assez rare d’avoir ces deux qualités dans un même lieu.

Ce monument historique a été construit à la fin du 19ème siècle pour fixer l’origine des altitudes françaises continentales (l’altitude 0). Cette fixation a été réalisé au moyen d’un appareil dont il ne reste aujourd’hui qu’un seul exemplaire dans le monde.

De nos jours, le principal intérêt scientifique du marégraphe de Marseille est de participer au suivi, à la compréhension et à l’anticipation de l’un des très nombreux effets des changements climatiques dus à l’activité humaine : l’élévation de plus en plus rapide du niveau moyen des mers.

La visite du marégraphe

Le marégraphe n’est pour le moment pas très ouvert au public. Officiellement, les raisons sont juridiques.Le marégraphe n’est pas encore classé parmi les Établissements recevant du public (ERP). C’est pour cette raison juridique que l’IGN a pris la décision, en 2021 et 2022, de ne l’ouvrir au public QUE pour les Journées du patrimoine.

Les demandes de visites sont très nombreuses (10 000 visiteurs entre 2013 et 2022 ; 10 000 autres en « liste d’attente »). Comme nous ne pouvons pas « pousser les murs » pour pouvoir accueillir plus de monde en même temps, la seule solution est d’ouvrir PLUS SOUVENT. C’est l’un des nombreux objectifs de notre association et l’un de ses souhaits les plus chers. Le nombre de personnes intéressées par le marégraphe ne fait que renforcer notre détermination. Une convention a été signée dans ce sens avec l’IGN. Elle s’appliquera après le classement ERP.

De notre côté associatif, nous faisons tout pour pouvoir ouvrir le marégraphe plus largement au public, et le plus vite possible. Au mois de septembre dernier, nous avons formé 15 guides conférenciers parmi nos adhérents ; nous avons développé un site de réservation de places pour les futures visites, etc.

Nous espérons parvenir le plus rapidement possible à cette ouverture. Maintenant que nous avons vos coordonnées, et si vous voulez bien que nous les conservions, vous recevrez un avis chaque fois qu’une session de visites sera organisée (prochaines visites probablement en septembre).

L’association « Les amis du marégraphe de Marseille »Nous avons de nombreux moyens de faire découvrir ou mieux connaître les atouts historiques, scientifiques, culturels, environnementaux et sociétaux du marégraphe, par exemple :
– des conférences comme celle donnée au mois de mars 2022 à la station marine d’Endoume (replay accessible grâce à ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=Z85Y_KClyrQ).
– un site internet de plus en plus riche : https://amis-maregraphe-marseille.fr/.- un compte Instagram https://www.instagram.com/amis.maregraphe/?hl=fr et un compte Facebook https://www.facebook.com/Amis-du-mar%C3%A9graphe-de-Marseille-179773066953551 – un feuilleton destiné à faire connaître l’histoire du marégraphe : https://amis-maregraphe-marseille.fr/?page_id=3814
– nous avons mis en ligne sur notre site internet un outil de visite virtuelle du marégraphe, complémentaire des visites réelles que, vous l’avez compris, nous voulons continuer d’organiser https://amis-maregraphe-marseille.fr/?page_id=3809 ; nous travaillons à d’autres outils encore plus immersifs.- etc.

Nos projets pour 2023 concernent une exposition de photos et d’objets relatifs au marégraphe (du 5 au 30 septembre à la bibliothèque de l’Alcazar), la participation comme en 2022 à la « Fête de la science » et à l’opération « Science dans les classes », etc. 

Un projet pluriannuel de bande dessinée est aussi « dans les tuyaux ». Vous souhaiteriez faire partie de l’aventure, alors rejoignez Les amis du marégraphe de Marseille !https://amis-maregraphe-marseille.fr/?page_id=3824

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Alain Coulomb

Président de l’association Les amis du marégraphe de Marseille / 06-73-58-72-29https://amis-maregraphe-marseille.frInstagram @amis.maregraphe

Pour consulter mon ouvrage sur le marégraphe de Marseille

https://www.presses-des-ponts.fr/notre-librairie/324-le-maregraphe-de-marseille.html

Le vice-président du syndicat général des pharmaciens des Bouches du Rhône à l’honneur!

Notre éminent confrère, le Dr Sébastien Gallice, officinal dans le 14ème arrdt de Marseille et vice-président du syndicat général des pharmaciens des Bouches du Rhône a fait l’objet d’un article sur les préparations magistrales dans le Pharmacien de France.

Voici l’article:

Les Pharmaciens du Sud

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