« L’estomac bien accroché » Où l’on apprend à rapidement changer de métier

Le Géographe et Le Naturaliste, deux gabares de l’expédition Baudin en Terres autrales, Atlas de Freycinet, 1807, gravure

Le Havre, 1800. Le jeune Lesueur entend parler d’une expédition scientifique sur le point de partir pour les Terres australes (situées entre l’Afrique et l’Antarctique). Une grande aventure comme il en rêve lui tend les bras !

Avec ses talents de dessinateur, il est sûr de se faire engager. Oui mais voilà… l’expédition a déjà fait le plein d’artistes et de scientifiques. Que faire ?

Il en faut plus pour décourager le jeune homme ! Fils d’officier de marine, il a déjà navigué comme membre d’équipage sur la Manche.

Il se fait donc embaucher comme timonier novice (assistant du marin qui conduit le bateau). Adieu le port du Havre, c’est le grand départ ! Un petit coup de pouce du destin l’éloigne cependant bien vite des manœuvres navales.

Car les membres de l’expédition scientifique n’ont pas tous le pied marin… Lors d’une escale sur l’île Maurice, une partie de l’équipe débarque, découragée. Certains tombent malades et meurent.

Si bien que Lesueur est propulsé « peintre-dessinateur d’histoire naturelle » de l’expédition ! Au fil des étapes, accompagné du zoologiste François Perron, il réalise près de 1500 dessins de la flore et de la faune australes.

Charles Willson Peale, Portrait de Charles-Alexandre Lesueur, 1818 (cliquez sur l’image pour agrandir)

De retour en France, Lesueur reprend ses croquis pour en tirer de superbes aquarelles d’une grande maîtrise technique.
Le travail colossal des deux hommes est finalement, à la demande de l’empereur, compilé en volumes dont le premier est édité en 1807.

2 500 nouvelles espèces sont ainsi répertoriées. Une base de données aussi titanesque que magnifique dont les scientifiques se servent aujourd’hui encore… Une chance que Lesueur ne soit pas resté simple matelot !

Charles-Alexandre Lesueur, Nouvelle-Hollande : Nouvelles Galles du Sud. Ornithorynques, dans Voyage de découvertes aux Terres australes, années 1800, Biodiversity Heritage Library, Boston (cliquez sur l’image pour agrandir)

2ème Guerre Mondiale, nom de code : « Amidon ».

Les Laboratoires Hoescht sous contrôle américain en 1946.
Les Laboratoires Hoescht sous contrôle américain en 1946.

En 1938, les Drs Max Bockmül et Gustav Elrhart, qui travaillaient sur ce projet, finirent par créer un opiacé synthétique et qui portait à l’époque le numéro de série « Hoescht 10820» et l’appellation de « Polamidon ». Les scientifiques de Hoescht firent quelques essais qui montrèrent que c’était bien un analgésique, plus puissant que la péthidine (L’ancien Dolosal® en France), avant d’en déposer le brevet le 25 septembre 1941, et ensuite de le tester sous secret militaire sous le nom de code « Amidon ».

Il semble que les essais cliniques n’aient pas été concluants, soit parce que les doses étaient inappropriées, soit parce que les effets secondaires furent jugés trop importants, soit parce que la proximité de la fin de la guerre empêcha tout développement. Quoi qu’il en fut, les recherches continuèrent et il n’y eu pas de production commerciale ni de marque déposée du produit « Hoescht 10820 » alors qu’en 1944 la production de péthidine atteignit 1600 kilos par an.

Après la guerre, toutes les marques et brevets allemands furent réquisitionnés par les alliés et la firme Hoescht tomba dans le secteur américain qui prit le contrôle de la production. La formule du n°10820 (Polamidon) et tous les produits de la frime furent distribués un peu partout dans le monde et commercialisés par de nombreuses sociétés pharmaceutiques. Cette diffusion eut pour conséquence d’arrêter toutes les recherches en cours ainsi que la production de péthidine après la guerre. D’ ailleurs celle-ci fut remplacée par une production de pénicilline.

Après 1945, les entreprises qui reçurent la formule gratuitement purent exploiter la molécule sous l’appellation commerciale de leur choix. Ainsi la compagnie pharmaceutique américaine Eli-Lilly créa la marque déposée Dolophine ®, non en souvenir d’Adolph (Hitler) comme la légende le dit mais plus probablement à la suite de l’association de deux termes français « douleur » et « fin ».

Dolophine®
Dolophine®

En 1947, des chercheurs commencèrent des expérimentations avec la Dolophine® (méthadone) sur des patients et des animaux. Ils donnèrent à des volontaires jusqu’à 200mg de méthadone 4 fois par jour et constatèrent que ces patients développaient rapidement tolérance et euphorie. Ils furent donc obligés de diminuer les doses d’autant plus que les effets secondaires étaient sévères (signes de toxicité, inflammation de la peau, profonde narcose), mais ils observèrent ainsi que les morphinomanes y répondaient très positivement.

Ils en conclurent, en toute logique médicale, que la méthadone avait un potentiel d’accoutumance et de toxicité très élevés et mirent les autorités en garde contre la production non contrôlée de la « méthadon », telle qu’on la nommait à l’époque.

De nombreuses recherches furent effectuées entre 1945 et 1950, et toutes reconnurent ses puissants effets analgésiques. Cependant leurs conclusions montrèrent toujours que la méthadone avait peu d’avantages sur d’autres préparations disponibles et beaucoup de désavantages : nausées, dépression respiratoire, potentiel de dépendance, etc. En conséquence, elle fut peu utilisée en médecine jusqu’en 1964, date à laquelle Vincent Dole et Marie Nyswander qui recherchaient un opiacé de synthèse efficace par voie orale dans le traitement des héroïnomanes, découvrirent la méthadone dans la littérature scientifique.

La méthadone devint ainsi rapidement un enjeu économique puis politique. Durant l’année 1964, les Etats-Unis en consommèrent plus d’une dizaine de tonnes et aujourd’hui, la méthadone est l’opiacé de synthèse le plus utilisé pour le traitement des personnes dépendantes à l’héroïne, aux Etats-Unis comme en Europe et dans beaucoup d’autres pays.

Extrait tiré du livre « Les drogues dans l’histoire: entre remède et poison: archéologie d’un savoir … Par Michel Rosenzweig

« Schweppe, Paul and Gosse »

schweppes-indian-tonic-8x-25cl-sodasSi l’on peut lire sur les autobus londoniens, au début du XXème siècle,  » Famous since 1790 « , l’activité commerciale de Schweppes débute en 1783.
Jacob Schweppe, bijoutier à Genève depuis l’âge de douze ans, a une obsession : mettre la station thermale et ses bienfaits en bouteille et à la portée de tous ! S’inspirant des travaux de Lavoisier sur la carbonation de l’eau, il parvient à dissoudre du dioxyde de carbone dans de l’eau à l’aide d’une pompe à compression baptisée  » Machine de Genève « .Grâce à son invention, il n’est plus nécessaire de voyager pour  » prendre les eaux  » . On ne parle pas à l’époque de tests consommateur quand Jacob Schweppe propose aux médecins de donner gratuitement son eau minérale à leurs patients pour la tester et l’améliorer.C’est parce que certains ne voulaient pas de cette eau gratuite que, contraint et forcé bien malgré lui, Schweppe appose, en 1783, un prix très bas, juste pour couvrir ses coûts de fabrication. Celle-ci, alors artisanale, change de dimension quand, en 1790, Jacob Schweppe s’associe avec Nicolas Paul, un ingénieur de Genève, spécialiste des pompes et avec Henri Albert Gosse, un pharmacien. Ce dernier va lui apporter la reconnaisance du monde médical.

Un prospectus paraît le 4 septembre 1790 dans le Journal de Genève annonçant la vente de Seltzer Water et Spa Water ainsi que les eaux de Pyrmont, Bussang, Courmayeur et Vals. Centre de gravité de la révolution industrielle et commerciale, Londres accueille, le 9 janvier 1792, la première usine de la société  » Schweppe, Paul and Gosse « , au 141 Drury Lane. Les débuts sont difficiles car la concurrence est vive, en dépit de la piètre qualité des autres eaux minérales artificielles. Le 28 décembre 1792, Jacob Schweppe écrit à ses deux associés qu’il envisage de rentrer à Genève et d’abandonner son projet. La situation politique ajoute à la crise avec la déclaration de guerre de la France à l’Angleterre, le 1er février 1793. Ses deux associés le quittent en 1796 mais Jacob Schweppe tient bon.
La carbonation supérieure de son eau lui donne l’appui du corps médical qui la recommande pour soigner les maladies du rein et de la vésicule et pour combattre l’indigestion et la goutte.

Les produits Schweppe sont vendus dans les officines sous trois catégories : simple, double ou triple puissance. Ils ont pour nom Acidulous Rochelle Salt Water, Seltzer, Spa et Pyrmont Water et Tooth Lotion of Soda. Au même moment, le terme  » Soda Water  » entre en usage et il apparaît dans une réclame de Schweppe en 1798. Il peut être alors mélangé à du rhum et du cognac !
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Le développement de la marque se fera sans son fondateur ni sa fille Colette . Jacob Schweppe prend sa retraite à 58 ans et retourne à Genève.
En 1878, il cède les trois quart du capital de sa société J.Schweppe & Co. aux frères Henry William et Francis Charles Lauzun, et Robert Brohier, aristocrates français réfugiés à Jersey. Au début des années 1800, la société s’établit progressivement sur un plan national : l’eau de Schweppe (Schweppe’s Water) est vendue en Angleterre, en Ecosse et au pays de Galles. Elle fait de la réclame dans des journaux destinés à la noblesse et à la gentry. L’association des trois jerseymen s’arrête en 1824. La même année, Colette cède ses parts à Robert Brohier et Richard Sparkes. Ce dernier, alors seul propriétaire, vend la société en 1834 à John Kemp-Welch, un marchand de vin et William Evill, un orfèvre. La dynastie Kemp-Welch durera 115 ans jusqu’en 1949. Depuis 1969, Schweppes est aux mains de Cadbury.

Le drink des gens raffinés

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 » Soda and Mineral Water Manufacturers to Their Majesties and the Royal Family  » depuis 1831, Schweppe ajoute, en 1836, le titre de fournisseur des altesses royales, la duchesse de Kent et la princesse Victoria, future reine.Schweppe invente le sponsoring en devenant le fournisseur exclusif du Crystal Palace durant l’Exposition universelle de 1851 : six millions de visiteurs pendant six mois et plus de un million de bouteilles vendu !Une fontaine présente lors de l’exposition rappelle, aujourd’hui, cet exploit en figurant deux fois sur l’étiquette de la bouteille : en blanc sur le fond jaune et dans le sceau rouge.

La marque collectionne les médailles !
A l’Exposition de Paris en 1878, Schweppe gagne la médaille d’argent, la plus haute récompense pour les eaux minérales.
La médaille d’or de l’Académie nationale de Paris lui est décernée en 1880.
Triplé gagnant à l’Exposition universelle à Paris en 1900 : médaille d’or, d’argent et de bronze.

Si la bouteille se tient debout depuis 1897, elle eut depuis le début des années 1800 une forme ovoïde. Raison avancée : ainsi couchée, elle retenait mieux le gaz. Elle aura plusieurs surnoms :  » drunken  » bottle ou  » bouteille saoule « , la  » torpedo  » ou  » bouteille œuf « .

En France, Schweppes est connu dès 1790, mais il faut attendre le siècle suivant pour que de nouveau on reparle de Schweppes à Paris et sur la Riviéra. Une réclame parue à Londres en 1878 mentionne des visiteurs à Paris trouvant des eaux de Schweppes dans les hôtels, cafés et restaurants. De fait, les principaux marchés de Schweppes, boisson pour  » upper and middle class  » se trouvent, jusqu’en 1945, dans les clubs, hôtels, restaurants, théâtres, chemin de fer et compagnie de navigation.
Ce n’est qu’en 1948 que Schweppes décide de vendre dans les commerces de détail.
Londres n’est plus, depuis longtemps, le seul centre de production. Sydney accueille, en 1877, la première usine à l’international. Melbourne et Brooklyn suivent en 1884.
Mais il faut attendre 1923 pour que l’expansion internationale soit au cœur des priorités avec la création d’une filiale entièrement dédiée aux investissements à l’étranger pour produire localement. Les années 50 sont celles où Schweppes adopte la méthode américaine de la franchise pour les embouteilleurs à l’international.
Mais, faute d’avoir atteint la taille critique, la marque Schweppes est cédée, fin 1998 à Coca Cola dans 155 pays (moins de 3% de part de marché) quand Cadbury se réserve 26 pays : Mexique, Amérique, Canada, Europe de l’Est et de l’Ouest (sauf Angleterre, Irlande et Grèce), Australie et Afrique du sud.
source prodimarques.com

Conférence d’histoire de la médecine

Honoré de Valbelle, un curieux et étrange apothicaire marseillais sous François Ier.
Conférencier : Philippe Lance, pharmacien.
Drôle de bonhomme que cet Honoré de Valbelle. Apothicaire de son état, il aurait pu tenir un journal sur la bataille entre apothicaires et épiciers ou décrire les épidémies de peste qui touchaient la Provence et alentours. Non, ce qui intéressait Honoré à cette époque, c’étaient les faits d’actualité : un peu de nouvelles nationales, régionales et surtout locales.
Honoré de Valbelle a tenu un journal au début du XVIème siècle et curieusement, il ne parle jamais de son métier, très peu de ses activités municipales personnelles mais s’intéresse à la météo, aux terribles campagnes d’Italie, et aux faits divers. Il va aussi devenir le témoin privilégié et presque unique de notre belle ville de Marseille et tout particulièrement du siège que la cité a subi en 1524 de la part du Duc Charles de Bourbon aidé par les espagnols.

Les Pharmaciens du Sud

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